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Réforme CSRD Omnibus : pourquoi les PME françaises restent concernées en 2026 et le rôle du VSME

Fin 2025, beaucoup de dirigeants de PME françaises ont entendu une phrase rassurante, souvent résumée un peu trop vite.

« La CSRD a été allégée. Vous êtes probablement hors scope. »

Pour certains, cela a sonné comme un retour à la normale. Pour d’autres, comme une nouvelle zone grise. Et c’est précisément là que le malentendu commence.

Parce qu’en réalité, même quand une PME n’est pas directement obligée de publier un reporting de durabilité, elle se retrouve de plus en plus souvent sommée de répondre. Pas par l’État. Pas par un texte de loi qui arrive par courrier recommandé. Mais par le marché. Un grand client qui veut sécuriser sa chaîne d’approvisionnement. Une banque qui intègre progressivement des critères extra-financiers dans son analyse du risque. Un assureur qui veut comprendre l’exposition aux risques climatiques. Un donneur d’ordres qui exige des informations pour un appel d’offres.

Autrement dit, pour beaucoup de PME, la pression ne disparaît pas. Elle change de chemin.

C’est exactement ce que révèle, en profondeur, la réforme dite « Omnibus » présentée par la Commission européenne le 26 février 2025, et négociée ensuite entre la Commission, le Parlement européen et le Conseil.

Commençons par les acronymes, parce que c’est souvent là que les choses se brouillent.

 

La CSRD, c’est la directive européenne sur le reporting de durabilité des entreprises. Elle est venue remplacer et élargir l’ancienne directive NFRD, qui concernait un nombre plus limité d’entreprises. L’idée initiale de la CSRD était claire. Passer d’un reporting extra-financier « déclaratif » à un reporting plus structuré, plus comparable, plus contrôlable, et surtout beaucoup plus large en nombre d’entreprises concernées. On parlait d’un passage d’environ 11 000 entreprises à plus de 50 000 à l’échelle européenne.

Pour rendre ce reporting comparable, l’Union européenne a aussi mis en place les ESRS, les European Sustainability Reporting Standards. Ce sont les normes qui décrivent précisément quoi publier et comment. On peut les voir comme une grammaire. Sans cette grammaire, chaque entreprise raconte sa durabilité à sa manière. Avec cette grammaire, on peut comparer, vérifier, analyser.

Ensuite, il y a la CSDDD, parfois appelée CS3D, la directive sur le devoir de vigilance en matière de durabilité. Là, on ne parle plus seulement de publier des informations, mais de démontrer une logique de gestion et de prévention des risques et impacts dans la chaîne de valeur.

Et il y a enfin la Taxonomie européenne, qui vise à classer les activités économiques selon leur contribution environnementale, notamment dans la finance.

L’Omnibus vient toucher cet ensemble, non pas pour dire « tout s’arrête », mais pour dire « on recentre, on séquence, on limite le périmètre direct ».

C’est là qu’apparaît le point clé pour une PME.

Les discussions politiques autour de l’Omnibus ont abouti, fin 2025, à une logique de ciblage plus net sur les entreprises les plus grandes. Le Conseil de l’UE explique par exemple que le compromis vise à concentrer l’obligation de reporting sur les entreprises de plus de 1 000 salariés, avec un seuil de chiffre d’affaires net supérieur à 450 millions d’euros dans l’accord mentionné. Le Parlement européen a également communiqué dans ce sens après son vote du 16 décembre 2025 sur l’accord provisoire.

Pour beaucoup de dirigeants de PME, la lecture instinctive est simple.

« Donc ce n’est plus pour moi. »

Mais cette conclusion rate la mécanique réelle.

Car si l’obligation légale directe se resserre, la logique économique, elle, continue de s’étendre. Et même elle s’accélère, parce que les grandes entreprises, elles, restent obligées, et leur conformité dépend de la qualité de l’information qu’elles obtiennent de leurs fournisseurs, dont beaucoup sont des PME.

C’est ici que la notion de « ruissellement » devient centrale. Le droit ne frappe pas la PME directement, mais il transforme les attentes autour d’elle.

En 2026, ce phénomène va devenir plus visible, plus structuré et plus exigeant, car les grands acteurs auront besoin d’informations plus stables, plus comparables, et moins improvisées.

Et c’est précisément pour organiser ce ruissellement que le VSME prend toute sa place.

Le VSME, Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs, est une norme volontaire conçue pour les micro-entreprises et PME non cotées. Elle a été élaborée par l’EFRAG, organisme mandaté pour structurer l’architecture européenne du reporting de durabilité. En France, le Portail RSE, porté par l’État, présente le VSME comme un cadre volontaire donnant un langage commun pour répondre aux attentes des parties prenantes et structurer une démarche.

Le mot « volontaire » est souvent mal compris. Beaucoup l’entendent comme « optionnel ». Dans la vraie vie d’une PME, volontaire signifie surtout « maîtrisé ». Cela veut dire qu’on n’attend pas d’être coincé par une urgence client pour improviser. On choisit d’organiser l’information en amont, à son rythme, avec un cadre proportionné.

Et ce cadre n’est pas tombé du ciel. La Commission européenne elle-même a publié une recommandation formelle, la Recommandation (UE) 2025/1710 du 30 juillet 2025, pour encourager l’usage de ce standard volontaire et faciliter son adoption par le marché. Dans cette recommandation, l’idée est explicitement de réduire la multiplication des demandes d’informations distinctes adressées aux PME et de favoriser une comparabilité à moindre coût.

Ce point mérite d’être dit simplement, comme on le dirait à un dirigeant.

Le VSME sert à transformer le chaos des questionnaires en une réponse stable. Au lieu de remplir dix formats différents selon les clients, la PME crée un référentiel unique, réutilisable, qui devient sa base de discussion avec l’extérieur.

Ce n’est donc pas « un reporting de plus ». C’est un outil de pilotage et de crédibilité.

En France, cette logique est déjà relayée par des acteurs très visibles auprès des dirigeants. Bpifrance, par exemple, a publié un dossier présentant le VSME comme un cadre volontaire pour structurer une démarche RSE. Et côté obligations nationales, même si toutes les PME ne sont pas concernées, il existe aussi des mécanismes comme le BEGES, le Bilan d’Émissions de Gaz à Effet de Serre. Le ministère de l’Économie rappelle que certaines entreprises doivent réaliser un BEGES, notamment au-delà de seuils de salariés, et que cet exercice s’inscrit dans une logique de mesure et de planification.

L’écosystème se structure. Les demandes deviennent plus techniques, plus vérifiables, plus comparables. Et plus cela se structure, plus l’improvisation coûte cher.

C’est là qu’arrive une autre source de confusion pour les PME : la différence entre « dire » et « prouver ».

En 2026, les entreprises ne seront pas seulement questionnées sur leurs engagements. Elles seront questionnées sur leur capacité à être cohérentes. Les grandes entreprises vont comparer les réponses d’une année sur l’autre. Les banques vont détecter les incohérences de discours. Les plateformes d’évaluation vont aligner leurs questionnaires sur des cadres plus standardisés. Ce que vous répondez à un client A doit rester compatible avec ce que vous répondez à un client B. Et c’est cette cohérence qui devient le vrai enjeu.

C’est aussi là que des initiatives comme les « VSME Medals » apparaissent dans le bruit ambiant.

Il faut être clair. Les VSME Medals ne sont pas une norme officielle de l’Union européenne. Ce n’est pas l’EFRAG, ni la Commission, ni un organisme public français qui les délivre. Mais elles révèlent quelque chose d’important : le marché cherche des repères simples et visibles pour mesurer la maturité ESG d’une PME. Le site des VSME Medals présente un système de reconnaissance par niveaux, destiné à rendre lisible une progression structurée autour du cadre VSME.

Dans la vie réelle d’un dirigeant, l’intérêt d’un tel dispositif, quand il est bien compris, n’est pas de “collectionner un badge”. C’est de disposer d’un signal lisible dans un univers saturé, où les clients demandent des preuves rapides et où les PME ont besoin d’un langage commun. C’est aussi une façon de transformer une démarche interne en un message externe simple, à condition de ne jamais confondre visibilité et substance.

Ce que l’Omnibus révèle, ce n’est pas un retrait de la durabilité. C’est une maturité du système. Le régulateur recentre le périmètre direct sur les très grands acteurs. Mais le système continue à s’étendre par les relations économiques, parce que c’est la seule manière de faire circuler l’information dans une économie de chaînes de valeur.

Pour une PME française, la question 2026 n’est donc pas « suis-je obligé de faire un reporting CSRD ? » La vraie question est beaucoup plus opérationnelle.

Quand mon client me demande un questionnaire ESG, suis-je capable de répondre sans mobiliser trois personnes pendant deux semaines ? Quand ma banque me demande une vision sur mes risques, suis-je capable de répondre avec des données cohérentes ? Quand je parle de mon entreprise, suis-je capable d’être constant, crédible, et de ne pas me contredire selon l’interlocuteur ?

Le VSME est en train de devenir le cadre qui rend cette cohérence possible, sans transformer la PME en grande entreprise, et sans exiger une bureaucratie que la PME ne peut pas soutenir.

Et si on doit retenir une seule chose de l’Omnibus, c’est celle-ci.

La durabilité en Europe entre dans une phase où la structure compte plus que le périmètre légal. Les entreprises qui auront une structure minimale, des responsabilités claires, une logique de données simple et une façon stable de répondre, seront celles qui subiront le moins de pression. Celles qui confondent “hors scope” et “hors système” seront celles qui découvriront trop tard que le système, lui, les a déjà intégrées.